Alors que le divorce semble définitivement consommé entre Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, Paris milite pour que l’ancien président congolais ne soit pas marginalisé. A l’inverse de Washington, qui souhaite le voir disparaître du paysage politique.
Du 18 au 21 novembre, le patron de la Direction Afrique et océan Indien (DAOI) du Quai d’Orsay, Christophe Bigot, s’est rendu à Kinshasa. Si ses entrevues avec le président congolais, Félix Tshisekedi, la ministre des affaires étrangères, Marie Tumba Nzeza, ou encore le candidat malheureux à la présidentielle 2018 Martin Fayulu ont fait l’objet d’une communication active des intéressés sur Twitter, le diplomate français s’est également plus discrètement entretenu avec Joseph Kabila.
La rencontre, qui s’est déroulée dans la propriété de l’ancien président, dans le parc naturel de la vallée de la N’Sele, a largement été consacrée à la situation politique explosive dans laquelle est plongé le pays depuis maintenant plusieurs semaines. Alors que la coalition formée par le Cap pour le Changement (CACH) de Félix Tshisekedi et le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila est au bord de l’implosion, Paris souhaite notamment éviter le scénario d’une crise institutionnelle que pourrait déclencher une confrontation directe entre les deux hommes. Pour ce faire, la France a appelé l’ancien président congolais à laisser davantage de « marge de manœuvre » à Félix Tshisekedi, actuellement minoritaire dans une Assemblée nationale dominée par le FCC. Dans le même temps, la France est particulièrement attentive à ce que Tshisekedi ne pousse pas à la rupture totale avec son prédécesseur et n’ouvre la porte à un divorce à l’issue encore incertaine.
Ne pas « diaboliser » Kabila
Dans le cadre des consultations menées par le président congolais, ce dernier s’est lancé dans une recherche tous azimuts de soutiens internationaux pour tenter de s’émanciper de la tutelle de son prédécesseur. S’il peut d’ores et déjà se prévaloir de l’appui de Washington, particulièrement véhément à l’égard de Kabila , la diplomatie française est quant à elle plus prudente quant au traitement à accorder à l’ancien président congolais. Bien que Paris ait fait de Tshisekedi, qui était il y a un an la vedette du Forum de Paris sur la Paix , un nouvel allié de taille dans la région, la France s’évertue à maintenir un certain équilibre avec Kabila. Dans ce cadre, elle s’appuie sur plusieurs précieux canaux de discussion tissés dans l’entourage proche de l’ancien chef de l’Etat. Avant la rencontre de Christophe Bigot avec Kabila le 19 novembre, Paris avait ainsi été à plusieurs reprises en contact direct avec lui ces dernières semaines.
Dans le bras de fer politique qui se joue actuellement sur les bords du fleuve Congo, Paris est notamment très attentif à ne pas « diaboliser » l’ancien président qui reste à ce jour un des seuls chefs d’Etat d’Afrique centrale à avoir consenti à ne faire que deux mandats. L’argument a un certain écho pour la France, qui n’avait pas lésiné sur ses efforts pour tenter de dissuader Kabila de briguer un troisième mandat.
Un ex-jeune président plein d’avenir ?
Dès 2016, la diplomatie tricolore avait été aux avant-postes sur ce sujet. A l’époque, plusieurs contacts avaient été noués en toute discrétion entre Paris et l’ancien pensionnaire du Palais de la Nation. Au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron en mai 2017, le tout fraîchement nommé conseiller Afrique du président français Franck Paris s’était même rendu en personne dans la capitale congolaise, en compagnie de l’ancien patron de la DAOI, Rémi Maréchaux, pour s’entretenir avec Joseph Kabila. La décision de ce dernier de ne pas se présenter en 2018 avait ainsi été particulièrement appréciée tant à l’Elysée qu’au Quai d’Orsay.
Le souci de la France de cultiver ses précieux canaux avec Kabila est aussi le fruit d’un calcul politique sur l’avenir. Pariant que l’ancien chef de l’Etat congolais – âgé de 49 ans – devrait rester un acteur central de l’échiquier politique tant congolais que régional pour encore au moins une décennie, Paris entend ainsi faire fructifier pour les années à venir sa relation avec lui.
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